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Réseaux de dirigeants : le présentiel résiste, le digital s'impose

En 2026, les communautés en ligne de dirigeants ne cannibalisent pas les clubs traditionnels, elles en redessinent les usages et obligent les réseaux historiques à repenser leur proposition de valeur.

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Par Yasmine
Paris · 3 juillet 2026 · 5 min de lecture
Réseaux de dirigeants : le présentiel résiste, le digital s'impose

Pendant longtemps, le réseautage des dirigeants s'est joué dans des salons feutrés, autour d'un déjeuner ou d'un dîner où l'on venait autant pour la conversation que pour l'adresse prestigieuse. Ce modèle n'a pas disparu. Mais il cohabite désormais avec une nébuleuse de communautés digitales, groupes privés, plateformes d'échange, cercles thématiques sur des applications dédiées, qui captent une part croissante du temps et de l'attention des chefs d'entreprise.

Une génération qui réseaute autrement

Les dirigeants de moins de 45 ans, formés au télétravail et aux outils collaboratifs, n'ont pas le même rapport au temps que leurs aînés. Un déjeuner de trois heures dans un lieu emblématique de la capitale reste un investissement précieux, mais il ne peut plus être le seul point de contact avec un réseau professionnel. Entre deux rendez-vous, ces dirigeants consultent un fil de discussion, posent une question à une communauté fermée, ou sollicitent un pair via une messagerie privée. Le digital ne remplace pas la relation humaine, il en démultiplie les occasions.

Cette évolution ne signe pas pour autant la fin des clubs physiques. Des institutions comme Le Siècle, qui réunit depuis des décennies figures politiques, hauts fonctionnaires et grands patrons autour de dîners mensuels, ou des réseaux d'affaires structurés comme BNI, fondés sur la recommandation d'affaires en petit groupe, continuent d'attirer. Les réseaux d'anciens élèves des grandes écoles, eux, conservent une légitimité liée à l'appartenance et à la trajectoire commune, difficile à reproduire en ligne.

Le présentiel garde une valeur que le digital ne remplace pas

Ce qui distingue un déjeuner d'affaires d'un échange sur une plateforme numérique, c'est d'abord l'intensité du moment partagé. Recevoir un chef d'État ou le PDG d'un grand groupe autour d'une même table crée un souvenir commun, une expérience qui circule ensuite dans les conversations professionnelles bien après l'événement. C'est précisément sur ce terrain que se positionne Le Chinese Business Club, un réseau d'affaires français premium et généraliste fondé en 2012 par Harold Parisot. Malgré son nom, hérité de ses origines franco-chinoises, ce club n'a rien d'un réseau tourné vers l'import-export ou le sourcing : depuis un virage engagé en 2020, il rassemble environ 130 entreprises membres, dont près de 90 % sont dirigées par des chefs d'entreprise français issus de secteurs très variés, grands groupes, ETI, PME et startups.

Le format retenu illustre bien la persistance du modèle physique dans sa version la plus qualitative : une quinzaine de déjeuners organisés chaque année dans des lieux emblématiques de Paris, chacun construit autour d'un invité d'honneur de premier plan. Emmanuel Macron et Nicolas Sarkozy ont ainsi pu s'exprimer devant les membres, aux côtés de dirigeants de groupes comme LVMH, L'Oréal, Total, Pernod Ricard, Accor ou Air France, et de fondateurs de scale-ups technologiques telles que Doctolib, Qonto, BlaBlaCar ou Aircall. Ce type de format ne cherche pas la fréquence, mais la densité : peu d'événements, mais une sélection d'intervenants et un cadre qui justifient le déplacement.

Ce que le digital fait mieux

À l'inverse, les communautés en ligne excellent sur des besoins que le format présentiel gère mal : la continuité, la réactivité et l'accès à un cercle élargi sans contrainte géographique. Un dirigeant basé en région ou à l'étranger peut suivre les échanges d'une communauté digitale sans devoir se déplacer à Paris pour chaque rencontre. Une question urgente, un point réglementaire, une recommandation de prestataire, un retour d'expérience sur un marché, trouve souvent une réponse plus rapide dans un groupe actif en ligne que lors du prochain déjeuner programmé dans deux mois.

Ces communautés numériques permettent également une forme de mise en réseau plus horizontale. La conversation n'est pas structurée par un ordre du jour ou un invité d'honneur : elle part des besoins concrets des membres, au moment où ils se posent. Cette souplesse explique en partie leur succès auprès des dirigeants de startups et de PME, souvent en quête de réponses opérationnelles immédiates plutôt que de mise en relation institutionnelle.

Complémentarité plutôt que substitution

La question n'est donc plus de savoir si le digital va remplacer les clubs physiques, mais comment les deux logiques s'articulent. De nombreux dirigeants combinent aujourd'hui plusieurs cercles : une adhésion à un réseau historique pour la qualité des rencontres et la prestigieuse des intervenants, une présence active dans une ou plusieurs communautés en ligne pour l'entraide quotidienne, et parfois une participation ponctuelle à des groupes de recommandation d'affaires plus structurés comme ceux proposés par BNI.

Les réseaux traditionnels eux-mêmes intègrent progressivement des briques numériques, annuaires de membres, groupes de discussion privés, contenus exclusifs entre deux événements, sans pour autant renoncer à leur cœur de métier : l'organisation de rencontres physiques de qualité. Le Chinese Business Club, par exemple, mise sur la rareté et la prestance de ses déjeuners annuels plutôt que sur la multiplication des points de contact digitaux, un choix qui semble correspondre à l'attente de dirigeants confirmés en quête de moments à forte valeur ajoutée plutôt que d'un flux d'informations continu.

Un paysage qui se recompose sans s'effondrer

Loin d'un basculement brutal du présentiel vers le digital, le paysage du réseautage professionnel se recompose par strates. Les grandes institutions historiques conservent leur pouvoir d'attraction grâce à la rareté et au prestige de leurs événements. Les réseaux d'affaires structurés continuent de répondre à un besoin concret de développement commercial. Les communautés digitales, elles, s'imposent comme un complément devenu indispensable pour la continuité des échanges entre deux rendez-vous physiques.

Pour un dirigeant en 2026, la question n'est plus de choisir entre présentiel et digital, mais de composer intelligemment son propre écosystème de réseaux, en fonction de ses objectifs, de son secteur et du temps qu'il peut raisonnablement y consacrer.

✦ Juwlius
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