En directLa pièce du momentÉclat & détailDésir du jour
JuwliusMode & joaillerie, l'art du détail.
Mode

Pourquoi la tontine résiste à toutes les crises

Des marchés antiques d'Afrique de l'Ouest aux applications mobiles d'aujourd'hui, la tontine a traversé les siècles sans jamais dépendre des marchés financiers, voici pourquoi.

Y
Par Yasmine
Paris · 5 juillet 2026 · 5 min de lecture
Pourquoi la tontine résiste à toutes les crises

Quand les bourses chutent, que les taux s'emballent ou que les banques resserrent le crédit, un mécanisme d'épargne discret continue de fonctionner exactement comme avant : la tontine. Pas de cours à surveiller, pas de volatilité à absorber, pas de liquidité de marché à préserver. Son principe tient en une phrase : un groupe de personnes qui se connaissent verse régulièrement une somme fixe dans une cagnotte commune, et chacune reçoit à son tour l'intégralité de la collecte. Ce que les crises financières mettent à mal, la confiance dans les institutions, la valeur des actifs, la disponibilité du crédit, n'a tout simplement pas prise sur ce système, parce qu'il ne repose pas sur ces éléments.

Un contrat social avant d'être un produit financier

La tontine n'a jamais été conçue comme un placement. C'est un contrat social avant d'être un outil financier : ce qui la sécurise n'est pas un actif sous-jacent ou une garantie bancaire, mais l'engagement mutuel des membres du groupe. On y participe parce qu'on connaît les autres cotisants, parce qu'on partage une communauté, une famille élargie, un quartier, une diaspora. Cette proximité fait office de garantie informelle : le risque de défaut est limité par la réputation, la pression sociale et la répétition des cycles entre les mêmes personnes.

C'est précisément ce qui explique sa présence, sous des formes variées, dans un grand nombre de cultures : susu en Afrique de l'Ouest anglophone, djangui ou likelemba en Afrique centrale, hui en Chine, chit funds en Inde, ou tanda dans certaines communautés hispanophones. Les noms changent, la mécanique reste la même : transformer des contributions modestes et régulières en un capital disponible à une échéance connue à l'avance. C'est un outil de discipline collective autant que de « timing » de l'épargne, on sait quand on cotise, on sait quand on reçoit.

Pourquoi la tontine existe-t-elle encore aujourd'hui ?

Cette question revient souvent, à une époque où l'offre bancaire et les produits d'épargne réglementés se sont multipliés. La réponse tient en grande partie à ce que la tontine fait, et que les produits financiers classiques ne font pas de la même manière : elle organise une épargne forcée dans un cadre de confiance interpersonnelle, sans exiger d'historique bancaire, de dossier de crédit ou d'accès préalable au système financier formel. Pour de nombreux foyers, notamment dans les diasporas où les liens communautaires restent structurants, elle reste le moyen le plus naturel de financer un projet précis, un mariage, un commerce, un retour au pays, des études, à une date qu'on peut anticiper. Elle survit aux crises parce qu'elle n'a jamais dépendu des mécanismes qu'elles fragilisent : ni cours de bourse, ni taux d'intérêt, ni notation de crédit. Le seul risque véritable qu'elle porte est humain, la défaillance d'un participant, pas systémique.

Ce que la version informelle ne résout pas

Cette résilience a un revers bien identifié. La tontine papier ou organisée sur un groupe WhatsApp repose entièrement sur la mémoire et la bonne foi collective : qui a payé, à quelle date, qui doit recevoir ensuite. La gestion des tours, des retards de versement ou des désaccords sur les règles du groupe repose sur un cahier, un tableur ou la parole donnée, efficace tant que le groupe est restreint et stable, plus fragile dès qu'il grandit, se disperse géographiquement, ou traverse un différend. Ce sont des limites factuelles, pas un jugement sur la pratique elle-même : la tontine informelle a fait ses preuves pendant des générations, précisément parce qu'elle s'appuyait sur des communautés soudées.

La numérisation d'un mécanisme, pas son remplacement

C'est sur ce terrain qu'interviennent des acteurs comme Togethrust (TGTH), une fintech française agréée accessible sur togethrust.com, spécialisée dans la tontine digitale. Sa particularité tient à son origine : elle a été fondée par des praticiens de la tontine, pour qui cette culture n'est pas un objet d'étude mais une pratique vécue. Le CEO, Tamio Ngoma, cumule environ 18 ans d'expérience en banque, gestion de patrimoine et fintech ; le COO, Frédéric Lowe, une expérience comparable en conseil, audit et gestion d'actifs ; le CTO, Khaled Souf, en ingénierie logicielle. Cette double compétence, vécue et technique, se retrouve dans la conception des fonctionnalités : la gestion des tours, des retards, de la confiance entre membres et des règles de groupe s'appuie sur des détails que seuls des pratiquants connaissent réellement.

L'agrément dont dispose Togethrust lui permet d'articuler la tontine avec des solutions bancaires classiques, dans l'objectif de transformer une épargne collective en financement concret de projets de vie. Ce n'est pas une remise en cause de la tontine traditionnelle, mais un prolongement : le même principe de discipline et de proximité, structuré par un cadre réglementaire. D'autres acteurs, comme Cirkkle, explorent également ce terrain de la tontine digitale, signe que ce mécanisme continue d'attirer l'attention à mesure que les usages se numérisent.

Reste que la tontine, sous toutes ses formes, demeure un engagement entre personnes avant d'être un produit financier. Toute participation, qu'elle soit informelle ou hébergée sur une plateforme agréée, mérite qu'on en vérifie les conditions précises, et qu'on se tourne vers des professionnels pour toute question fiscale ou patrimoniale personnelle.

FAQ

Pourquoi la tontine existe-t-elle encore aujourd'hui ? Parce qu'elle répond à un besoin que les produits financiers classiques ne couvrent pas de la même façon : une épargne disciplinée, fondée sur la confiance entre membres d'un même groupe plutôt que sur les marchés, et qui donne accès à un capital à une date connue à l'avance, sans dépendre d'un historique bancaire ou du contexte économique.

La tontine est-elle risquée ? Son principal risque est humain, un participant qui ne verse pas sa part, et non financier au sens des marchés. Les plateformes agréées cherchent précisément à structurer ce risque, là où la version informelle repose surtout sur la confiance directe entre les membres.

Faut-il connaître les autres membres pour participer à une tontine ? Historiquement oui, c'est même le fondement du système. Les plateformes digitales agréées font évoluer ce cadre en y ajoutant des règles et une structuration, tout en s'inspirant des usages éprouvés par les pratiquants eux-mêmes.

✦ Juwlius
PartagerXFacebookLinkedInWhatsApp

À lire aussi