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Électricien : pourquoi la décennale vous concerne aussi

Dès lors qu'un réseau électrique est intégré au bâti, sa défaillance peut relever de la garantie décennale et non de la simple responsabilité civile, voici comment distinguer les deux.

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Par Yasmine
Paris · 27 juillet 2026 · 5 min de lecture
Électricien : pourquoi la décennale vous concerne aussi

Un tableau électrique qui prend feu deux ans après sa pose, un réseau encastré qui tombe en panne au bout de sept ans et rend un logement inhabitable : ces sinistres n'engagent pas toujours la même garantie. Pour un électricien, comprendre où s'arrête la responsabilité civile professionnelle et où commence la garantie décennale n'est pas un détail administratif, c'est ce qui détermine si un chantier est correctement couvert.

Ce que dit la loi

La garantie décennale n'est pas une option commerciale : c'est une obligation légale, issue de la loi Spinetta de 1978 et codifiée aux articles 1792 et suivants du Code civil. Elle s'impose à tout constructeur, au sens large, ce qui inclut les artisans et entreprises qui réalisent des travaux de construction, y compris en sous-traitance ou en second œuvre. Elle couvre, pendant dix ans à compter de la réception des travaux, les dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui le rendent impropre à sa destination.

Cette garantie est distincte de deux autres mécanismes qu'on lui associe souvent à tort :

  • La RC professionnelle, qui couvre les dommages causés à des tiers dans le cadre de l'activité (erreur, négligence, dommage matériel ou corporel), sans lien avec les dix ans de la décennale.
  • L'assurance dommages-ouvrage, souscrite non par l'artisan mais par le maître d'ouvrage (le client), qui permet une indemnisation rapide des désordres relevant de la décennale, indépendamment de la recherche des responsabilités.

Quand l'électricité relève-t-elle de la décennale ?

C'est là que les choses se compliquent pour la profession. Toute installation électrique n'entre pas automatiquement dans le champ de la décennale. La jurisprudence retient un critère central : l'installation est-elle indissociablement incorporée au bâti ? Concrètement, cela concerne notamment :

  • les réseaux électriques encastrés dans les murs, cloisons ou dalles, dont la dépose ou la réparation nécessite de détériorer la structure ou le second œuvre ;
  • les tableaux électriques généraux et les circuits de distribution intégrés à la construction ;
  • les installations de chauffage électrique intégrées (planchers chauffants électriques, par exemple) ;
  • une VMC ou une domotique dont les câblages sont noyés dans le bâti au point de ne pouvoir être remplacés sans travaux lourds.

Le second critère, tout aussi déterminant, est celui de l'impropriété à destination : si le désordre électrique rend le logement inutilisable ou dangereux, risque d'incendie avéré, absence totale d'alimentation, non-conformité mettant en péril la sécurité des occupants, la décennale peut s'appliquer même sans atteinte à la solidité du bâti.

À l'inverse, un appareillage simplement posé et aisément démontable, une applique, une prise en saillie, un interrupteur, relève plutôt de la garantie de bon fonctionnement (dite garantie biennale, article 1792-3 du Code civil), limitée à deux ans, ou de la responsabilité civile classique en cas de faute d'installation. La frontière se joue donc au cas par cas, sur le caractère dissociable ou non de l'élément posé.

Un électricien a-t-il besoin d'une assurance décennale ?

Oui, dès lors que son activité peut inclure des travaux touchant à des éléments indissociables du bâti. En pratique, c'est le cas de la grande majorité des électriciens du bâtiment : câblage encastré, tableaux, mise aux normes de réseaux existants, installations neuves. L'absence de cette garantie expose non seulement à un risque financier en cas de sinistre relevant de la décennale, mais aussi à une infraction, puisque l'obligation d'assurance décennale est pénalement sanctionnée pour les constructeurs qui y sont soumis.

Quelle étendue déclarer ?

L'enjeu, au moment de souscrire, est de déclarer une activité qui reflète fidèlement les travaux réellement effectués : installation électrique neuve, rénovation de réseaux encastrés, tableaux, mais aussi, le cas échéant, domotique, bornes de recharge intégrées ou chauffage électrique. Une activité mal déclarée, trop restrictive, peut priver l'artisan de couverture sur un chantier qui, a posteriori, s'avère relever de la décennale. Le contenu exact des garanties, des exclusions et des franchises dépend toujours du contrat souscrit : il est indispensable d'en lire les conditions générales et particulières, ou d'échanger avec un courtier pour ajuster la déclaration d'activité à la réalité du métier.

Le prix d'une décennale pour un électricien varie selon plusieurs facteurs objectifs, nature exacte de l'activité, chiffre d'affaires, ancienneté et expérience, antécédents de sinistres, et peut aller, à titre indicatif seulement, de quelques centaines à plusieurs milliers d'euros par an. Aucun chiffre ne peut être considéré comme représentatif sans étude du dossier.

Sur ce marché, des courtiers comme ASSU PRO (assur-risque.fr) se sont spécialisés dans la garantie décennale pour les professionnels du BTP, avec un parcours de devis en ligne où l'entreprise se retrouve via son numéro de SIREN, y compris pour une société encore en cours de création. Ce type d'acteur couvre aussi bien les métiers dits intellectuels (architectes, bureaux d'études, maîtrise d'œuvre) que les métiers physiques (artisans, entreprises de travaux), et traite les dossiers dits à risques aggravés, comme les profils résiliés ou ayant un historique de sinistralité, ainsi que les questions de territorialité de la garantie.

FAQ

Un électricien a-t-il vraiment besoin d'une décennale ? Oui dès lors que son activité peut porter sur des éléments électriques indissociablement incorporés au bâti (réseaux encastrés, tableaux, chauffage électrique intégré). C'est une obligation légale, pas un choix.

Une simple pose de luminaire relève-t-elle de la décennale ? En général non : un élément aisément démontable relève plutôt de la garantie de bon fonctionnement (deux ans) ou de la RC professionnelle, sauf circonstances particulières.

La décennale remplace-t-elle la RC professionnelle ? Non, ce sont deux garanties distinctes et complémentaires, qui ne couvrent pas les mêmes dommages ni les mêmes durées.

Comment être sûr que son contrat couvre bien son activité réelle ? En vérifiant que l'activité déclarée correspond précisément aux travaux effectués, et en consultant les conditions du contrat ou un courtier en cas de doute.

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